02.08.2003

De la mort (1)

Une question qui nous hante tous plus ou moins... la mort.
 
Certains diront d'emblée que cela n'a pas de sens, car comme dirait Epicure (que je respecte beaucoup par ailleurs) : "la mort n'est rien pour nous". C'est très intelligent d'ailleurs, et pas du tout dénué de logique. Quand nous sommes morts, nous ne pouvons pas le sentir et donc ce n'est pas un problème. Quand nous sommes vivants, nous ne sommes pas morts et cela est très bien aussi.
 
Il faut d'abord s'entendre sur le fait que la mort est bien la fin de toute expérience. Techniquement, il est bien acquis que le corps n'est plus en état de nous faire percevoir quoi que ce soit. Il est mort. Mais n'est-ce que cela, la mort ? La mort est-elle en fait la mort du corps ? Cela parait tout de même un peu court. D'autant plus que le corps démissionne également dans d'autres situations que la mort, comme le sommeil, et pourtant nous expérimentons bien des mondes dits oniriques, plein de réalité sur le coup et qui se révèlent illusoires au réveil. Où donc apparaissent ces rêves, dans quel espace de conscience ? On pourrait objecter que le rêve a toujours un support physique, qui est le corps en vie. Or, de nombreux témoignages rapportent bien des expériences de type onirique vécues par des personnes en état de mort clinique et revenus à la vie suite à l'obstination des médecins. On en connait beaucoup qui en sont restés bouleversés. Cette expérience-là est bien réelle, nul ne peut en nier la réalité, sinon on pourrait nier toutes les expériences, y compris celles sur lesquelles nous fondons nos lois scientifiques les plus solides. Il est donc acquis que le corps n'est pas la seule condition de l'expérience, et que la mort, si elle est en fait la mort du corps, n'est par conséquent pas la fin de toute expérience. Il faut la fin d'autre chose, la fin des autres conditions de l'expérience. Quelles sont ces autres conditions, outre le corps ?
 
L'expérience est en fait l'expérience d'un objet par un sujet. Ce sont là deux concepts-clés : sujet et objet. Les conditions de l'expérience sont donc les conditions de l'expérience du sujet et de l'objet. Ce lien entre sujet et objet est très fort, car le sujet se définit avant tout par rapport à l'objet. A vrai dire, il n'y a même aucun sujet pur : on ne peut dire "je" de façon absolue. Pour preuve, on peut constater que chacun d'entre nous dépend entièrement de l'expérience qu'il fait des objets qui l'entourent, y compris de son propre corps ; sans même parler de notre existence même, qui dépend de tout ce qui nous préexiste :  le soleil pour nous chauffer, les aliments que nous mangeons, nos parents, nos amis dont la reconnaissance nous est précieuse, etc... Tout cela fait de nous un sujet, mais il ne peut en aucun cas être considéré comme absolu, il n'est pas un "soi" indépendant, ponctuel. Il n'existe qu'en interdépendance avec tout ce qui l'entoure.
 
C'est cette interdépendance qui nous fait exister en tant que sujet. L'absence d'expérience entraînerait inévitablement la perte du "soi" auquel nous sommes tant attachés. C'est à ce type de mort que croit le "scientifique". Mais cet attachement au "soi" ne trouve pas son origine dans le corps, il est intrinsèquement constitutif de l'esprit qui expérimente.
 
L'esprit... on en a pas encore parlé ! Pourtant, le corps est un vecteur de l'expérience, mais cette expérience, où se trouve-t-elle ? Dans le corps ? Pas vraiment. Où se trouve le sentiment de l'amour ? Où se trouvent nos rêves ? Toujours pas dans le corps ! Tout cela apparait dans l'espace de l'esprit. C'est dans l'esprit que nous "emmagasinons" cet attachement au soi, à l'expérience de l'objet qui nous constitue comme sujet.
 
Et la mort là dedans ? La mort n'arrête pas l'attachement au soi. Elle est un espace sans corps, où le sujet qui se veut exister continue d'expérimenter un monde semblable au rêve. Ici, nous entrons pleinement dans la spiritualité bouddhiste, qui explique très précisément comment cette expérience onirique propre à la mort mène à une nouvelle existence.
 
A suivre...

31.07.2003

Du titre de ce blog...

Voilà, premier message du premier blog de ma vie... et par quoi commencer, sinon en expliquer le titre ?
 
Au loin la liberté... certains connaissent peut-être. C'est le titre d'un des tous premiers ouvrages du 14ème Dalai-Lama, paru aux Editions Fayard en 1990. Cette autobiographie poignante, nous dévoile ce que fut la vie des Tibétains dans la première moitié du vingtième siècle, et le génocide qui les poussa, pour beaucoup, à choisir l'exil.
 
Le plus célèbre d'entre eux, Tenzin Gyamtso, Dalai-Lama, m'a raconté son histoire alors que j'avais 16 ans. "Au loin la liberté", c'est le premier livre que j'aie lu de lui. C'est le livre du départ, le livre qui m'a interpellée, bousculée, qui m'a poussée à questionner et à chercher des réponses. C'est le livre qui met celui qui le lit "en route", comme le Dalai-Lama s'est mis en route vers l'Inde, quittant son pays pour un avenir inconnu, totalement inimaginable...
 
Du moins, savaient-ils, le Dalai-Lama et ses compagnons, qu'ils partaient en recherche de liberté. Elle était au loin, au-delà de la chaîne des Himalayas, dans un pays d'accueil, l'Inde.
 
Voilà... ce "blog" (drôle de nom, on ne sait vraiment plus quoi inventer) est une sorte de mise en route, vers les montagnes de l'esprit, derrière lesquelles se cachent (en tout cas nous l'espérons !) un morceau de liberté...